Regarder le soleil se coucher, les étoiles briller et l'eau de la mer valser dans une symphonie en dehors du temps.
Voir les gens danser, les sourires se verser sur leurs lèvres, des rires éclatant sur le verre de la fenêtre.
Voir que tout est à sa place, comme l'argent revient au riche et la misère au mendiant.
Alors pourquoi me suis-je retrouvé là, dans cette salle où il fait trop froid, dans ce corps qui me brûle ?
Pourquoi m'être réveillé ainsi, dans une chair qui devrait être la mienne et qui pourtant ne m'offre pas la moindre chaleur ?
Tant de mains ont effleuré ce corps alors que je ne peux même pas atteindre le mien.
Comme dans un songe où le touché n'est qu'une vaste brise, où il est difficile de voir et où le silence se fait assourdissant lorsqu'on s'évertue à écouter.
Tant de mal pour m'avoir donné la vie quand j'ai la mort au corps.
Tant d'années à tenter d'accepter une parure sur laquelle n'est pas inscrite mon nom. J'ai essayé, longtemps, je m'en suis arraché la peau à l'usure mais rien n'a changé.
Diable insensé dans un corps insensible qui pourtant est ostensible au tourment de mon âme. Un châtiment pour un esprit qui ne l'a pas mérité, un crime d'être né désaccordé.
Comme deux liquides qui ne s'entendent pas, hétérogènes.
Cette peau qui me ronge, cette douleur d'un corps qui m'est incombé, qui dépeint de moi un tableau qui ne me ressemble pas.
Non il ne me ressemble pas.
Il est un visage déformé, un sourire étranger, des yeux livides où une âme semble emprisonnée.
Sortez moi de là.
Coupez moi ces parcelles d'un monde qui ne m'appartient pas. Rendez-moi la chaleur d'un songe exaucé. Rendez-moi seulement qui je suis.
Seulement... l'ai-je déjà eu ?
L'aurai-je un jour ?
Comme les nuages effleurent le ciel et la lune connaît les astres, je regarde la glace et tente de me retrouver. Quelque part, dans les recoins de mon reflet, peut être puis-je apercevoir ce que j'aurai pu être. Ce que je serais peut-être.
Seulement, je le suis déjà.
Dans un drap qui ne m'appartient pas, certes. Mais mon âme chante cette mélodie avant même que l'on puisse l'écouter et cette symphonie jamais ne s'essouffle, seulement étouffée, oui, peut être par ce drap qui m'enroule, qui forme des contours que je ne reconnais pas dans les vers de l'hymne que fredonne mon âme.
Mais un jour ce drap ne sera plus velours et deviendra satin, traçant sur moi un voile qui sera enfin mien, enfin moi.
Et viendra alors ce jour, où je regarderais le soleil se coucher, les étoiles briller et l'eau de la mer valser dans une symphonie en dehors du temps. Je verrais les gens danser, les sourires se verser sur leurs lèvres, des rires éclatant sur le verre de la fenêtre.
Et tout sera enfin à sa place, le monde et moi, dans la valse infinie des âmes désaccordées mais enfin drapées d'un vêtement charnel qui embrassera la symphonie depuis jamais et toujours chantée.
A little bit about the author :

Name : Ezekiel
Pronouns : he/him
Age : 20
Location : France





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